Activités


Plan de cours de la maîtrise et du doctorat en études littéraires

Littérature et violence : éthique de la parole vive

Professeur : Pierre Ouellet

Sigle : LIT 907R

Session : automne 2004 (les mardis à 18 h)

Local : J4255

 

Problématique et contenu

La littérature ne va pas sans une certaine violence faite à la langue et à la pensée, aux mots et aux choses, au sens et aux idées, aux autres et à soi-même. Elle est souvent associée aux effractions et infractions de toutes sortes, tant sur le plan logique et symbolique que sur celui de la morale et du politique, liée qu’elle est depuis toujours au franchissement des interdits et à la levée de toute censure. De Sade à Bataille, de Lautréamont à Artaud, de Céline à Genet, la violence littéraire, au-delà de la haine ou du ressentiment, manifeste une colère sacrée qui n’a cessé de nous inquiéter et de nous intriguer. Il y a un ethos de la colère poïétique, qui fait dire et raconter, pousse à écrire et à proférer, comme jadis les prophètes de la trempe d’un Isaïe et d’un Jérémie l’ont largement montré et démontré, en se faisant la voix ou le truchement d’une révélation qui dépasse les limites de la seule raison. C’est cet ethos que nous allons essayer d’analyser en le situant dans le cadre de notre modernité tardive.

En nos temps de mécréance et de cynisme, la colère littéraire n’a pas dérougi, bien sûr, mais la violence verbale où elle se manifeste n’est plus le fait d’une transcendance : elle est immanente à la vie elle-même, au sens où le mot vif, en français, désigne à la fois le vivant et le violent, une énergie vitale qui donne et entretient la vie mais au prix de coups et de contrecoups qui laissent souvent notre être à vif, comme on dit, vulnérable à tout ce qui peut l’attaquer. Nous allons examiner, grâce aux nouvelles phénoménologies du sujet développées au cours des dernières années — de Michel Henry à Emmanuel Housset en passant par Jean-Luc Marion et Rudolf Bernet —, comment une certaine littérature récente puise sa violence énonciative dans ce qui constitue la subjectivité elle-même en sa manière d’affronter la finitude ou de se confronter à ses limites.

Les œuvres de deux auteurs belges, Marcel Moreau et Eugène Savitzkaya, et de deux auteurs français, Antoine Volodine et François Bon, nous permettront d’examiner de près les mécanismes de la colère poétique ou de la violence verbale en nous demandant en quoi ils sous-tendent aussi la construction du sujet parlant ou du sujet énonciateur. Le but ultime est de comprendre comment une certaine esthétique de la violence symbolique repose en fait sur les visées éthiques propres à un affrontement de fond avec la finitude, tant sur le plan individuel, marqué par l’angoisse de l’être-pour-la-mort (Heidegger), que sur le plan collectif, marqué par la hantise de la fin de l’histoire (Hegel). Nous conclurons nos réflexions par un examen de la portée éthique et esthétique de la violence énonciative dans le champ littéraire à la lumière des enjeux politiques et symboliques de la parole singulière au sein de la vie commune.

 

Formule pédagogique

Séminaire où alterneront des exposés du professeur et des exposés des étudiants, tous suivis de critiques et de discussions

 

Évaluation

Chaque étudiant devra faire un exposé et un compte rendu oral de l’exposé d’un autre étudiant (pour favoriser l’échange et la discussion) de même qu’un travail final, d’environ 15 pages, sur un sujet pertinent qui sera préalablement approuvé par le professeur.

 

Notation

L’exposé vaudra 30 %, le compte rendu 20 % et le travail écrit 40 % de la note globale. De plus 10 % de cette note sera attribuée pour la participation aux discussions.

 

Bibliographie

Œuvres littéraires

François Bon, Impatience, Paris, Minuit, 1998.

Marcel Moreau, Bal dans la tête, Paris, La différence, 1995.

Eugène Savitzkaya, Fou civil, Paris, Le Flohic, 1999.

Antoine Volodine, Dondog, Paris, Le Seuil, 2002.

Ouvrages théoriques

Paul Audi, L’Ivresse de l’art. Nietzsche et l’esthétique, Paris, Biblio, 2003.

Rudolf Bernet, La vie du sujet, Paris, PUF, 1994.

Michel Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair, Paris, Seuil, 2000.

Emmanuel Housset, Personne et sujet selon Husserl, Paris, PUF, 1997.

Michaël La Chance, Paroxysmes. La parole hyperbolique, Montréal, Trait d’union, 2003.

Jean-Luc Marion, Phénoménologie érotique, Paris, Grasset, 2003.

Pierre Ouellet, Le sens de l’autre. Éthique et esthétique, Montréal, Liber, 2003.